L'affreux Jojo

 


Ces lèvres vermeilles de maman, sur la petite bite molle de Jojo (l'affreux). Dis merci et sois polis avec la dame : « Ce sera 280 euros par mois, et je suis gentille. »


***


Bercé trop loin du berceau, le petit Jojo ; les coups dans la gueule ne lui ont rien appris ; pauvre petit jojo ! C'est en Sorbonne qu'il alla vivre sa guerre d'Algérie.


***


Nach Paris ! Quel défilé triomphal ! Presque un sacre (moins les panzers). Voyez bien : les amis, le travail et l'Amour (paix de Dieu sur lui), enfin réunis !
Et la marmaille qui coure partout...Voyez mieux ! Enfin...pas toute...Lulu, lui, restait au Foyer, avec le Gardien.


***


C'est à Noël, ou à la noël, que Jojo fit sa déclaration. Sans paquet, avec sa tête entourée d'un ruban (voulait-il signifier Pâques ? Car en 2011, l'expression avait encore cours, ou alors faire oublier son infinie laideur ? Quel clown ce Jojo !). La fête en ces temps reculés, consistait à remuer son corps en buvant de l'alcool, mais Jojo pimenta la chose en jouant l'œuf dans la crèche vivante ; pas celle de Lulu, non, ni même celle du petit jésus, non non, non !. On appelait « crèche » à l'époque l'endroit ou des animaux (plus ou moins humains) sont regroupés à des fins diverses d'études ou d'amusements, sans que la présence de médecins nazis soit d'ailleurs nécessaire. (Ajoutons à ce propos que ce – terrible - cliché perdurera essentiellement au cinéma avant de devenir LE cinéma). Cela se passait donc bien après la seconde guerre mondiale et l'avènement des fils de Darius, quelque part entre la guerre froide et la troisième, avant, donc, le Cataclysme. Jojo, tout feu, tout flamme, alla déclamer son poèmounet à la viande saoule présente. Il fit les choses bien, car il eut l'extrême bon goût d'essayer jusqu'à ce que cela marche. Cependant, du fait de sa petite taille, Jojo se goura de proie et se prit les pieds dans le tapis des dates. Erreur fatale ou geste funeste selon que l'on soit expert comptable au Trésor Français ou l'auteur du De Divinatione ; toujours est-il qu'il ouvrait ainsi une Créance aux risques d'impayés...(« Donc avant tout, fut Chaos ; puis Terre aux larges flancs, assise sûre à jamais offerte à tous les vivants... », v.116). Faut toujours faire gaffe à ne pas chatouiller Némésis.


***

Elle avait toujours eu cette tendance au goût plouc pour le parvenu à cabas qui s'imagine frayer dans le grand monde parce qu'il pousse des petites balles remplies de colle sous pression, sur du gazon hydraté, en compagnie de gens qui gagnent en une heure ce qu'il gagne en un mois... Ethos de bonniche qui cherche son bonimenteur à jaquette à tête d'apprenti charcutier, ou praxis du bovarysme institutionnel et syndiqué, en quête de romance ou de pastorales médiatiques. Peu importe. C'était pourtant sous de bons auspices, dans un port d'extrême Occident, au solstice d'hiver, (en effet quels meilleurs ?) qu'elle s'échoua dans les bras du Gardien, qui la conduisirent plus tard sur le canapé, après un long palabre...prologue nécessaire au « pas le premier soir » formel qui précède l'échange des fluides. Cette nuit là, devait ouvrir une décade et les fluides s'incarner...Mais la tendance demeurait, sourde, rongeuse, source chronique d'insatisfaction. Le Gardien, même pas fashion, ne pouvait que citer, à nouveau, le paragraphe 84 des Dits du Très Haut (Hávamál) : Paroles de fille / Nul ne devrait croire / Ni ce que dit femme mariée / Car sur une roue tourbillonnante /Leur cœur a été façonné / Inconstance a été placé dans leur sein.

***

Il me revient le souvenir d'une demande explicite (c'est le genre de demande qu'on retient et satisfait sans problème), à la sortie du Gros Chêne ; de passage pour le week-end à l'appartement mais indisposée par ses périodes de fille, elle me formule néanmoins son désir d'être prise là maintenant, dans le cul, adoptant la position qui indique la voie ; more ferarum dirait Freud qui en connaissait un rayon. Étant d'un naturel serviable, limite gentil garçon, et prévoyant, je décale l'apéro pour l'after, et l'encule avec joie. La presse féminine a parfois du bon.


***


Le rituel du téléphone et les œillades appuyées prirent alors le cours des choses, et des gens. Le Gardien devint maussade. La trahison, il connaissait, son corps aussi. Sans doute l'avait-il perçue avant lui. Et toutes ces pies qui jacassaient à table, jouissant du spectacle, lui gâchaient les repas...Plus d'une fois, lui vint la soudaine envie, de tous les décapiter ; on devrait toujours suivre sa première impression. Quel gain de temps !


***


Ivresse de la double vie, inconvénients négligeables (il s'agit juste d'honneur), avantages multiples par une répartition adéquate des tâches, fort modernes...Mais voilà bientôt que la scission se profile, schizophrénique, et que le dédoublement devient étau, dont les mâchoires, mâles, pressurent le cervelet femelle. Il faut à présent mentir à l'un et à l'autre, et à soi, puis aux autres, toute une ribambelle de masques, parfois colorés, dansent autour de l'animal pris au piège qui sent venir le sacrifice : « Mais je n'étais donc pas la reine de la fête ? Tout ceci devient trop morbide et trop bestial, au secours mon Libre-Arbitre ! Ils vont me dévorer ! ». C'est au moment du trépas que l'on invoque généralement de vieux mythes, dont les cultes, autres que vocatif, sont perdus à jamais.


***


A la demeure familiale, parmi les bottes de paille qui nous dissimulent, nous jouons un remake d'un Dorcel de la belle époque, dont j'ai oublié le titre mais dont l'affiche représente un coquine à couettes et sucettes sur la paille, les seins nus. Je sais que cette indication est de faible utilité pour identifier le titre du film mais dans l'histoire ce n'était pas le plus important.


***

Mensonges & tromperies en trop grand nombre deviennent ridicules ; on conseille d'en écrire quelques uns pour que cela reste comique : « Je le rappelle suite à son appel pendant 15 minutes pour lui dire de ne plus m'appeler ». La logique de l'argument devint imparable, presque mieux que de causer de son lave-linge. Las !


***


La musique de fond est toujours importante, comme il sera montré par la suite (White Zombie, Blur the technicolor). En effet, nam, sur la RN666, au volant de ma subaru, je suis doublé par deux motards de la Gendarmerie Nationale, et il me semble que leurs casques sont en flammes et leurs mains décharnées ; je tapote le shotgun, impatient sur le siège passager, et poursuis ma route sans autre fait marquant vers la Ville.

***


Après trois coups de fil du Gardien, Jojo chopa la courante par les mains : toutes moites ! Après avoir été foudroyé, cela faisait beaucoup ; d'affreux, il devint en plus Jojo La pétoche ; pauvre Jojo !


***


Qui n'a pas tringlé sur un lave linge en mode essorage, ni léché une croupe en suspension sur un clic-clac n'est pas digne de déambuler tranquillement à Conforama avec le sentiment du devoir accompli. Ainsi parlent la moité des vendeurs à badges. A Ikea une telle chose paraît inconcevable ; moralité : l'érotisme suédois est bien une légende.


***

Le Gardien soupira : « pénible ce tocard, qui me chie dans les bottes et ruine mon foyer ; il pourrait au moins me laisser rompre tranquillement...mais même pas ! ». Quel instinct de fennec, excité par les restes encore chauds (la métaphore est aimable). Il partit aiguiser sa machette, car le Jardin retourné à l'état sauvage était comme une invitation à la symbiose. On a présumé, un peu vite, que les lois de l'Acier avaient été abolies par on ne sait quelle convention citoyenne ; foutaise ! L'archétype A et le cycle du Graal sont éternels, comme on l'enseignait jadis.


***


On a parfois besoin d'un lexique, (et pour les plus jeunes faisons œuvre de pédagogie), des expressions affligeantes qui doivent immédiatement enclencher le processus correspondant si le sujet n'est pas cliniquement mort (dans le manuel ou son bardas, au choix, certains sont livresques, d'autres plus pratiques et déjà équipés pour les mesures d'attrition). La première est assez sympathique et honnête sur le fond, ainsi : « j'ai besoin de réfléchir pour le faire le point » signifie « je te trompe depuis un bout de temps mais j'hésite encore ». La seconde est plus périlleuse et fleure bon la psychologie entrepreneuriale avec bilan carbone: « je vais essayer de me reconstruire » a pour sens « je te quitte, je compte bien t'oublier et c'est bien fait pour ta gueule» ; « tu resteras toujours quelqu'un d'important pour moi » est dans la dénégation lacanienne = « je compte vite t'oublier », etc. Quelle trivialité, comme on est loin de la langue sacrée...question d'époque...et de qualité des gens.

***


Les retrouvailles après le Springbreak, furent pourtant torrides...Elle portait son chandail noir à mailles espacées et sa peau réclamait mes mains, ma bouche, aidée de la langue qu'elle emporte toujours avec elle, humidifiait les alvéoles, conçues sans doute à l'origine pour la pêche d'où pointaient, ténus, ses tétons. Son pantalon glissa rapidement, et la frénésie nous prit tous les deux. C'est ce bon vieux canapé avec le plaid en sanskrit, celui marqué par les âges et qui incarne cette sorte de sagesse vague que l'on prête trop facilement aux vieux la plupart séniles, qui demanda grâce.


***


Pas de corbeaux, ni de familiers (Trust no one ! Quoi, même dans mon clan ?!?) ; mais un Mímir miniature, relativement à ses facultés et son statut ontologique...pas très orthodoxe et plutôt l'ancienne manière des gothis..Dans mon « antre » où « j'hiberne », potence parfois garnie (§ 138) : Je sais que je pendis / A l'arbre battu des vents / Neuf nuits pleines, je bois le nectar amère sans festin d'ambroisie (v 797) « Il reste gisant sans haleine et sans voix sur un lit de tapis : une torpeur cruelle l'enveloppe. Quand le mal prend fin, au bout d'une grande année, une série d'épreuves plus dures encore l'attend. ». (Notons que Robert de Boron en parle également dans son Merlin, mais les choses ont commencé à dégénérer au XIIIe siècle). Mais voilà Kaïros, oui c'est bien lui ! Jojo qui pleurniche, entre deux cachetons, et quémande sa réponse. Elle est écrite depuis longtemps : (§151) J'en sais un sixième :/ Un homme me navre-t-il/ D'une racine de bois plein de sève, / Cet homme / Qui me voue au malheur, / Les maux le consument plutôt que moi.


***


Dans le jardin, sur le tapis, jouant avec le fruit de ses entrailles, je les regarde s'éloigner après leur avoir volé un baiser, et repense à Jojo la pétoche. Pas une cause unique, bien sûr, l'affaiblissement du système immunitaire entraîne des maladies opportunistes et très communes...mais ces deux mois de sape ont produit la ruine escomptée ; qu'elle ne lui soit pas profitable, j'en remercie les Anciens et même Loki. Car son supplice est le mien ;  Loka áþekkjan (« semblable à Loki » ; Völuspá § 35). C'était le prix.

* * *



 

Cahier / Inédit / Accueil