Pétrification

 

 

 

Elle ne l’avait jamais aimé. Idolâtré, oui. La Haine fut donc toute naturelle. Pourtant elle s’y plaisait à cette idée. Presque faite. Avant que l’illusion ne se fracasse. Un jour. Quand elle fit enfin la différence entre aimer et aimer l’idée d’aimer. Du moins quand le décalage se creusa. La place était donc libre pour un autre quelqu’un. Un qui saurait l’aimer, elle et son idée d’amour ; du moins qui lui conviendrait à elle, à son idée.

Et lui ? Lui déjà était plus con, en tant qu’homme. Normal. Lui, il l’aimait. Quel sombre crétin. Et vas-y que je m’accroche ! La mécanique en place, rien n’y fit. Evidemment. On ne retient pas les bords de la faille à bout de bras, quand la Terre tremble et s’écarte. Ils se séparèrent donc. Mais restait l’idée. Forcément. Et les cicatrices sur les bras.

 

Elle contemplait l’éboulis avec satisfaction. Nul regret sur le tombeau. Peut-être après. Mais peu importe ; « pour l’instant ». Entre les roches en tas, une main sans alliance. Couverte de poussière, qui bouge encore. Elle aimait ses mains, carrées, épaisses, nerveuses. Qui lui malaxaient les seins, pendant que la langue à l’autre bout fouillait son sexe. Qui lui massaient le dos et les fesses, pendant que leurs sexes et leurs lèvres s’emboîtaient. Frénésie du coït. Puis sur sa joue, s’ajustant d’un mouvement régulier. Ou avant. Mais dans ce cas, l’autre allait par nature se « balader » le long de ses cuisses. (A la limite du paradoxe, puisque le but était précis).

 

La dernière fois qu’ils firent l’amour, elle ne se trompa pas de prénom. Il lui en sut gré. Comme sa peau. Malgré le champagne et le rire des femmes, aucun doute possible. Le proverbe est du même avis. Lui, plus fourbe ouvertement, s’amusa après un temps à frotter sa barbe naissante sur ses joues. Elle aimait ça, avec l’autre. Elle ronronnait de plaisir. Puis ouvrit les yeux en catastrophe. C’était bien lui, alors que l’autre attendait son appel. Elle partit. Et apprit.

 

La main bouge plus lentement à présent. Un au revoir ou un adieu ? Imperceptible. Mauvais cliché du film d’action. Les spectateurs (ses amis) attendent le dernier rebondissement, quand la créature diminuée tente l’ultime charge. Les incultes ! Pour enchaîner Fenrir, on laisse sa main en gage. C’est le prix. Pour le mensonge, pour assurer son droit, pour la victoire ; coeur de pierre. Car il est toujours bien assez tôt, d’y retourner, à la Terre.

 

   

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