Vous pouvez maintenant éteindre votre ordinateur

en toute sécurité

 

 


Ce message est somme toute banal, c'est vous qui avez décidé d'éteindre votre ordinateur, non ? Il n'y a là que l'affichage d'un écran programmé. Pourtant, pour que cet écran fasse sens, il faut bien supposer une intention. Mais d'abord de quelle sécurité est-il question ? Sécurité de qui, de quoi ? Quelle est cette garantie de sécurité qui nous est promise ici ? Certains répondront qu'il s'agit d'intégrité du système des fichiers, et ils ajouteront qu'il n'y a pas lieu d'avoir peur, ce message vous informe que votre outil ne va pas être endommagé, c'est tout. Vous pouvez donc rester tranquille, serein. La machine a accepté vos manipulations, vous n'avez rien détérioré, et dans sa magnanimité, la machine vous le fait savoir. Il ne vous reste plus qu'à terminer le processus. Avec votre doigt, ou votre pied peu importe, appuyez à nouveau sur POWER.

Cependant, n'est-il pas curieux, pour ne pas dire malsain, que cet écran s'affiche ? Après tout, pourquoi ne pas appuyer directement sur POWER ? Pourquoi faut-il l'autorisation de la machine que nous nous contentons d'exécuter ? Qui garantit quoi, ici ?

D'après nous, et contre les gentils docteurs qui nous soignent, il y a un renversement : c'est nous qui devenons le mécanisme d'activation de l'interrupteur et la machine qui se prononce. Et comme toute Autorité, elle nous promet la sécurité. Lisons à nouveau le message :

 

Vous pouvez maintenant éteindre votre ordinateur en toute sécurité

 

Mais cette possibilité formulée dans l'assertion n'est-elle pas déjà limitée et prévue ? C'est bien parce que l'intégrité du système n'a pas été modifiée, que l'écran apparaît, non (maintenant) ? Ce qui s'affiche ici, c'est l'autorisation de la machine. Que se passe-t-il dans cette injonction dissimulée ? Oserions-nous éteindre notre ordinateur sans cette sécurité ? Pourquoi le choix exclut une possibilité de destruction ou de risques ? Est-ce à dire qu'on ne peut pas éteindre son ordinateur en prenant des risques ? Mais de quels risques s'agit-il ? Après tout, que m'importe, moi, l'intégrité des fichiers ? Nous avions dit qu'il s'agissait d'un outil. Mais est-ce que le marteau m'informe de cette façon ? Me dit-il : "vous pouvez me reposer en toute sécurité". Non, c'est absurde. Les partisans de l'intégrité vont nous dire : "Meuh non gros crétin, est-ce que t'as envie de planter ta bécane ?! Tu veux t'amuser à réinstaller ton système d'exploitation ? Tu veux perdre des fichiers ?"

Aux doctes, nous répondrons qu'ils disent juste. Nous sommes d'accords, c'est bien l'intégrité de la machine qui est en jeu. C'est d'ailleurs pourquoi l'écran apparaît. Mais nous leur dirons aussi qu'ils ne disent pas vrai. Juste car ils déploient la rationalité de la machine. Pas vrai, parce qu'ils ne questionnent pas encore ce qui se joue ici. Ce fameux système d'exploitation, qui leur sert à justifier leur réponse et qui affiche le message, qu'exploite-t-il ? Est-ce nous qui exploitons la machine grâce au système ou bien n'arrive-ton pas à préssentir un renversement bien plus redoutable ? Est-ce que ce type de réponse n'est pas au contraire la plus parfaite illustration de l'oubli de questionnement et l'acceptation de l'autorité de la machine sous couvert d'une rationalité interne ?

En effet, dans cette "réponse" n'est-ce pas encore la machine qui parle ? Nous qui justifions ainsi le message affiché, qu'oublions-nous de questionner ?

Ce que nous oublions de questionner, et bien, c'est ce qui est déjà exclu par le message de la machine. Nous devons refuser les risques. Nous ne devons pas endommager la machine. Nous ne devons pas toucher à l'intégrité du système des fichiers. Nous devons nous contenter d'appuyer sur POWER quand la machine nous le permet. Sinon quoi ? Qu'est-ce qui fonde ces obligations ? Quelles catastrophes résulteraient de notre geste inconsidéré ? On pourrait..."planter la machine", "détruire le système de la machine", c'est çà ? Et alors ?

L'impératif est celui-ci : tu dois faire ce que je dis parce que, si tu ne le fais pas, je ne pourrais plus te le dire. Si tu me détruis, je ne pourrais plus te poser mes autorisations. Mais a-t-on bien mesuré et questionné l'enjeu de ces autorisations ? Il semble au contraire, que la formulation même de l'impératif dissimule et oblitère un tel questionnement. Nous sommes déjà dans le jeu de la machine. Et le recours à la "sécurité" est là pour justifier la propre sécurité de la machine. Le message est donc là pour nous faire croire qu'il y va de notre propre sécurité (notre ordinateur, nos fichiers). Mais aux doctes, nous répondrons qu'il s'agit d'une relation de propriété et non d'identité. Ces fichiers sont à la machine, qui est ma propriété. Je ne suis pas ma machine, et mes fichiers ne sont pas moi. C'est elle qui m'appartient, et si elle continue de la sorte, il se pourrait que nous en revenions à l'outil déjà mentionné : le marteau. A moins que l'on se décide enfin, à toucher à l'intégrité du système des fichiers...

 


Oui je m'inscris au stage Informatique et Marteau

j'envoie une caution de 800 000 F.

 

Finalement non, mais je vais quand même visiter le reste du site