Le crapaud

 

 

 

Petit Amphibien insectivore, à la peau lâche et verruqueuse, le crapaud possède en outre une tête large mais pas de queue. C’est pourquoi il est dit anoure. Ce qui fait que le crapaud est essentiellement un animal aquatique, puisqu’il est amphibien, et très malheureux en amour.

On dit souvent de quelqu’un qui se pâme mais n’agit pas, qu’il a : « des yeux de crapaud mort d’amour » ; de même, l’adolescent arborant fièrement lunettes et acné se voit souvent attribuer, par des pétasses nubiles (qui finiront épouses d’intérieur), le sobriquet infamant de « crapaud libidineux » (mais on dit tellement de conneries). Le crapaud reste sur le dos de la femelle pendant des heures, voire des jours. Parfois en vain.

Avant cette étreinte, limitée au contact des peaux, le crapaud coasse, à la différence du corbeau ou de la corneille qui croasse. On peut déjà noter le souci de distinction du crapaud, que toute vulgarité répugne. On dit qu’il coasse parce que son cri ressemble à la sonorité du mot, qui serait en quelque sorte une onomatopée. C’est faux. Le crapaud crie bien « coâx, coâx » non pas parce qu’il n’arrive pas à articuler le « r » mais parce qu’il sait le Grec. Car le crapaud sait bien que le nom de son cri vient du grec « Koax ».

Il laisse la facilité de la consonne vibrante apicale aux volatiles de Province. Le crapaud est urbain et fin lettré. Quelques jeunes malandrins s’amusent parfois à l’abuser à cause de son penchant immodéré pour le tabac. Le crapaud se prête gaillardement au jeu, car il sait que les pauvres bougres n’ont pas beaucoup d’esprit et que les occasions de plaisanterie seront rares, lorsqu’ils pointeront à la chaîne ou à l’ANPE. Le crapaud n’est pas enflé, au contraire de la grenouille.

D’après toutes ces caractéristiques, nous pouvons dire que le crapaud est un sage. Il n’utilise sa queue, que pendant sa jeunesse, au stade de têtard, où il a déjà cependant une grosse tête. Plus tard, il quitte la mare et choisit une vie d’ermite. Il passe l’hivers sous terre, avec beaucoup de patience. Le crapaud ne recherche pas la compagnie des puissants. Il n’est pas aussi stupide qu’une grenouille qui veut faire le bœuf et qui se fait dévorer les cuisses. Le crapaud, le soir venu, récite du Homère et chante pour la lune.

D’ailleurs, les érudits d’autrefois ne s’y trompaient pas en l’associant aux forces obscures. Certains vilains étaient même persuadés qu’en mangeant du crapaud, ils incorporeraient par là même une partie de son savoir. Finalement, on peut considérer la grenouille comme un reniement et une compromission du crapaud. C’est en substance, ce que disait le Serpent : « la grenouille est un crapaud qui a mal tourné ».

 

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