De l’inutilité du débat

(Pour les contemporains et pour personne)

 

 

 

Thèse : Le débat contradictoire est une contradiction.

 

Démonstration :

 

Def (1) le débat est l’examen contradictoire d’une proposition.

Prem (2) une proposition est soit vraie soit fausse

Prem (3) une proposition est vraie qu’elle soit débattue ou non

Prem (4) si x sait que p est vrai, il n’a pas besoin de débattre

Prem (5) si z croit que p est faux, il s’oppose à x dans un débat

Concl (4) l’examen contradictoire reste au niveau de la contradiction

 

Discussion :

 

Il s’agit d’expliquer pourquoi on peut croire logiquement que le débat peut mener à une proposition vraie. Le raisonnement est le suivant :

 

Soit une proposition p

 

Prem (1) p est soit Vraie soit Fausse

Prem (2) le débat examine p et non p

Prem (3) or si p est vraie, la négation de p est fausse

Donc (3) par le débat on peut trouver p est vraie.

 

C’est à dire que de l’examen contradictoire peut jaillir la vérité. Cependant le débat contradictoire s’exerce le plus souvent avec deux propositions qui sont présentées comme contraires.

 

Soient deux propositions p et q

 

Prem (1) p est le contraire de q

Prem (2) le débat examine p et q

Prem (3) si p est rejetée, q est retenue

Prem (4) si q est rejetée, p est retenue.

 

Or bien sûr, p et q peuvent être fausses, auquel cas on a toujours une proposition fausse (F & F = F ; F ou F=F).

 

D’autre part, il faut distinguer entre « être V ou F » pour une proposition et « tenir pour V ou F » une proposition ; ce que tout le monde accorde sans en voir les conséquences.

 

Si je sais que p est vrai, je n’ai aucunement besoin de débattre de p. Celui qui sait p n’a pas besoin de débattre avec celui qui ignore p, ou croit que p est Faux, ni celui qui sait p, puisqu’ils sont d’accords. Si je crois que p est Faux, je m’opposerai, dans un débat contradictoire, à celui qui affirme que p est Vrai. Que je tienne p pour V ou F, le débat sera donc inutile.

 

On pourrait croire que le débat est utile, en ceci que, grâce à l’argumentation, celui qui sait, sait faire triompher la vérité. C’est ce qu’on appelle convaincre son adversaire. Mais à partir du moment où l’on distingue deux champs d’application le scientifique et le politique, qui sont hétéronomiques, la situation est différente ; ce que nous avons distingué par les deux raisonnements.

 

C’est pourquoi le sophisme du « débat entre ignorants » (si des ignorants débattent, ils n’arriveront à aucune vérité) n’est applicable qu’au champ où la connaissance n’est pas recherchée, c’est à dire la politique (contrairement aux appellations non contrôlées du type « sciences politiques »). Ainsi le recours aux méthodes de persuasion et à la rhétorique est étranger à la recherche du vrai, et s’exerce pleinement dans les assemblées, où il s’agit de voter des décisions ou des lois.

 

D’où les deux négations de la décision démocratique : le technocrate pour qui le débat ne concerne pas la prise de sa décision mais son adoption (avec le recours à la majorité ou aux faux débats), et le démagogue pour qui la prise de décision fait l’économie du débat.

 

Les règles du débat contradictoire sont donc faites pour que ne jaillisse pas une vérité : l’inutilité du débat contradictoire. CQFD.

 

 

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