Des amis du progrès

ou Le point de vue du réfrigérateur

par

Wolfram l'obscur

 

 

Combien de fois a-t-on entendu cette stupidité : « Je suis un progressiste, c'est normal que vous soyez contre, vous êtes un conservateur » ?

 

Dichotomie mondaine agréable, opposition rhétorique plaisante, mais représentation tellement massive et grossière, que parfois, certains semblent la manier sans la moindre visée comique. Ainsi, il y aurait deux camps, farouchement opposés : les amis du progrès et les vilains ennemis. Ennemis méchants et donc laids, comme toute véritable apparence d'ennemi.

Parfois, les métaphores sont physiques en un autre sens, plus profond. Le conservateur est le partisan de l'immobilisme tandis que l'ami du progrès accompagne le mouvement. Et cette physique se développe en discours sur le vivant : biologiquement le mouvement est vital. Les partisans du flux universel deviennent partisans de la Nature. Et de citer la sclérose, la stagnation, la putréfaction.

Ce qu'ils ne voient pas et oublient de dire, c'est qu'ils énumèrent par leurs métaphores des maladies du vivant, de telle sorte, qu'à les suivre jusqu'au bout, le mobilisme est sa propre limite.

Les choses se compliquent lorsque s'ajoute à ce discours sur le vivant, les propres éléments qu'ils contestent. Par exemple, la conservation et la reproduction. Ainsi il y aurait un instinct de conservation, un instinct de reproduction. Mais aussi, une pulsion de mort. Cependant, nous n'entreprendrons pas l'exploration du « çà » dans le « çà pulse » aujourd'hui. Non pas par bravade, mais parce qu'une telle exploration est un luxe trop frivole.

Nous nous contenterons de souligner, avec un orgueil à peine supportable, que la réfutation a déjà été produite depuis longtemps ; mais il est vrai qu'à force de courir, on oublie souvent le point de départ (sans parler d'arrivée), à mesure que la distance augmente. A ceux qui continuent de brandir leurs poupées, nous parlerons d'agents conservateurs dans les aliments et de réfrigérateur.

Ils comprendront peut-être alors, qu'il se cache parmi eux quelque chose du même type. Car, à prendre les choses comme elle viennent, peu importe finalement de savoir quelles mains actionnent telle poupée. En effet, c'est bien le même fréon qui circule dans notre superbe réfrigérateur, et il n'y a qu'une différence de degré entre les grosses légumes du fond du bac et les consommables moins végétatifs du haut. Le problème, bien entendu est que, lorsque on les fait sortir du réfrigérateur, ils périssent ou empoisonnent. Cela dépend. Mais nous sommes ici sûrement trop triviaux. Certains, ajouteraient même, plein d'esprit, que nous risquons d'éventuelles poursuites. Grâce leur soit rendue.

Essayons simplement le point de vue du réfrigérateur sans y être enfermé. Car, comme chacun le sait (pourtant), une fois fermé, il n'y a aucune lumière à l'intérieur.


M'en fout moi, j'bois mon Diet Cherry Pepsi sans glaçon