Xénogreffe versus Zoogreffe

Ou Comment la greffe ne prend pas

par

Abdul Jâd'hich le grammairien

 

 

A mon humble avis, loué soit le commandeur des croyants de la vraie foi, le terme de "xénogreffe" est inadéquat. Car chez les Hellènes, "xéno" désigne l'étranger (humain ou divin, là est le problème), tandis que "zoo" signifie l'être vivant et plus particulièrement l'animal. Sens que l'on retrouve dans notre langue avec des mots construits, comme xénophobie et zoologie. Tu remarqueras d'ailleurs que la xénologie (le discours sur l'étranger) n'est pas comparable à la zoologie.

Tu sais que l'on peut avoir peur des étrangers et s'entourer d'animaux, comme des bergers allemands. Et tu verras par la suite pourquoi on donne une nationalité aux animaux et pas aux hommes. Tu sais également que l'on peut visiter à l'étranger, un zoo "grandeur nature", que l'on appelle parc naturel, où certains hommes font également partie de la visite.

Peut-être faut-il commencer par définir la greffe. Greffer c'est introduire dans un corps une partie étrangère à ce corps. Définition trop générale et donc ambiguë. Car, à ce titre, manger ou forniquer c'est pratiquer une greffe. Tu sais que les jardiniers s'amusent à faire des greffes, ceci pour qu'une plante produise les fruits d'une autre, pour différencier les espèces et obtenir des hybrides. Ici, nous sommes dans le domaine du végétal. Les corps sont différents mais appartiennent tous deux au même domaine.

Ce qui nous interresse, est ce que font les hommes de médecine. Greffer consiste à substituer un corps organique à un autre, comme un organe ou de la peau. Pour la peau, tu remarqueras que, quand cela est possible, on ne fait que déplacer des parties de peau d'un même corps, tandis que pour les organes, cela devient impossible. En effet, tu sais que certains organes vont par paires d'autres isolément. Ainsi, si l'on veut remplacer ton coeur, on ne va pas le remettre. Mais surtout, s'il s'agit de remplacer un oeil, on ne va pas permuter tes deux yeux.

C'est pourquoi, généralement, toute greffe est une xénogreffe, dans le sens où ce qui est greffé ne vient pas de toi mais d'un autre. Mais on continue à parler de greffe ou de transplantation. Tu vois comment l'origine agricole est présente.

Certains parlent de "xénogreffe" pour signifier non pas qu'ils greffent un corps étranger mais que ce corps provient d'un animal. Et d'ailleurs, on peut se demander si organiquement, l'homme est un animal. D'après les plus érudits, l'homme est bien en partie animal. Auquel cas, puisqu'il s'agit du même domaine mais d'espèces différentes, on devrait continuer à parler de greffe. Or animal se dit "zoo".

Dans ce cas, pourquoi xénogreffe à la place de zoogreffe ?

Non seulement la plupart des greffes introduisent un corps étranger (et sont donc des xénogreffes) mais aussi, à en croire les érudits, l'homme est bien un animal, donc ces greffes sont des zoogreffes, ou plus simplement, il s'agit toujours de greffe. (Tu pourrais penser également dans le cas d'une greffe de peau, qui est déplacement sur un même corps, qu'il s'agit quand même de xénogreffe, car la peau du cou n'est pas la peau du cul, tu t'en rendras vite compte au hammam).

Si certains, qui visent la santé de l'homme - et la santé est un bien non ? -, parlent de xénogreffe, c'est qu'ils considèrent, non pas que l'homme n'est pas un animal, puisqu'ils sont érudits, mais que l'animal est étranger à l'homme. L'animal est-il étranger à l'homme ?

Peut-être est-ce par ce l'homme ne veut pas avoir un foie de singe, qu'il préfère xénogreffe à zoogreffe. Ce qui lui permet d'avoir un nouveau foie et de ne pas connaître le sort de l'animal. Bien qu'à y regarder de plus près, tu as sans doute remarqué comment les greffés et les greffeurs sont exposés et salués par la foule enthousiaste.

Ce serait alors un refus de l'animalité de l'homme, illustré par un organe animal, qui serait caché derrière l'appellation "xénogreffe". Mais, tu as probablement déjà lu tous ces récits qui parlent tous d'un homme qui, suite à une greffe, devient autre. De même, tu connais certainement d'autres récits plus anciens, où sont décrites des créatures fabuleuses, comme les êtres mi homme mi chevaux, les êtres mi homme mi lion.

Par la suite, ces êtres contre nature furent appelés des monstres. Et dans un texte dont le titre m'échappe, il est raconté comment un homme de médecine fabriqua lui-même un homme à partir de morceaux de cadavres humains. Blasphème qu'il paya de sa vie. (Tu remarqueras que les gens du Livre eux aussi, mirent à mort celui qui se prenait pour Dieu, et il ne conservèrent que l'être mi homme mi bouc). Mais les monstres furent aussi les mal-formés, ceux que les héritiers des gens du Livre aimaient contempler à la foire. J'ai pu m'en rendre compte lors de mes voyages. Des femmes poilus du menton, par la barbe du prophète !

J'ai bien peur que le choix de "xénogreffe" contre l'assignation correcte "zoogreffe" cache quelques implications fort dangereuses, venant des érudits.

 

Conclusion : Méfie toi des jardiniers et de l'arbre du fond.


N'importe quoi ! Nicolas le jardinier a des moustaches et il est vraiment sympa.

Je m'en vais