Le paradoxe du Loup-garou

Introduction aux problèmes ontologiques des entités mythologiques

 


Il était une fois un homme roux, qui n'avait d'yeux ni d'oreilles. Il n'avait pas non plus de cheveux et c'est par convention qu'on le disait roux. Il ne pouvait parler car il n'avait pas de bouche. Il n'avait pas de nez non plus. Il n'avait même ni bras ni jambes. Il n'avait pas de ventre non plus, pas de dos non plus, ni de colonne, il n'avait pas d'entrailles non plus. Il n'avait rien du tout ! De sorte qu'on se demande de qui on parle. Il est donc préférable de ne rien ajouter à son sujet.

Daniil HARMS, Cahier bleu n°10 

 

 

1. Le paradoxe : Le loup-garou n’est jamais actuellement loup-garou

 

Définition. Le loup-garou est un être qui a la possibilité sous certaines conditions d’être un homme ou un loup.

 

Le problème se situe dans le sens exclusif de son appartenance actuelle à une espèce. S’il est homme alors il n’est pas loup ; et réciproquement. Il est donc un être « double » qui actualisé (homme ou loup) reste virtuel (il conserve la possibilité de se transformer). Il est toujours soit homme actuel soit loup actuel (sens exclusif du « ou »).

 

2. Objections

 

1) Il est loup-garou dans sa métamorphose

 

On peut considérer qu’il est loup-garou dans sa métamorphose, où il n’est ni homme ni loup. Mais dans une certaine mesure, en fonction de la définition, s’il n’est ni homme ni loup, il n’est pas loup-garou. Le lycanthrope est donc un curieux être, dans une virtualité qui lorsqu’elle s’actualise reste virtuelle.

 

2) Le loup-garou est une forme spécifique de loup (ou d’homme).

 

On pourrait alors penser que le loup-garou sert uniquement à désigner une espèce particulière de loup. A côté du canis lupus et du canis canis, il y aurait l’homo lupus. Le loup-garou se distinguerait du canis lupus par une corpulence plus volumineuse, voire une mixité d’homme et de loup (par exemple il partagerait la pilosité du loup mais la stature de l’homme).

Le problème de l’hybride est bien entendu qu’il sort du cadre de la définition. Il devient un homme particulier voire une espèce à lui tout seul, qui a la propriété discriminante de se transformer. Mais il n’est plus alors loup-garou. La propriété incluse dans la définition porte sur une transgression de nature. Là encore, si le loup-garou est une espèce, il n’est pas loup, ni homme. On pourrait contester l’humanité du loup-garou quand il est homme, puisque la définition de l’homme exclut la possibilité d’être un loup. Mais ce qui fait l’intérêt du loup-garou c’est qu’il peut être pleinement loup ou pleinement homme. Ce qui le distingue néanmoins des hommes et des loups c’est une propriété : il peut passer d’une espèce à une autre. Mais cette propriété est problématique puisqu’elle n’est "jamais" pleinement actuelle et par conséquent elle ne peut difficilement servir à constituer une espèce. (En suivant Aristote, puis Leibniz, le concept d'entéléchie est ici contradictoire).

 

Questions. Sujets au choix :

 

Si un loup-garou une fois loup s’accouple à une louve, le louveteau sera-t-il loup-garou à la naissance ? Calculez la probabilité pour qu’il soit loup ou homme.

Un loup-garou mis sur orbite géostationnaire peut-il passer sa vie en loup ?

Est-il cependant le même quand il est homme ou loup ?

 

Nouvelles objections : "ah ben ouais mais si..."

 

OBJECTIONS faites par des personnes très doctes

contre le précédent article

avec les réponses de l'auteur.

 

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