DE FABRICA MUNDI

Yöda-sûtra l’hérésiarque

 

Introduction

 

On ne connaît pratiquement rien de Yöda-sûtra l’hérésiarque, si ce n’est, peut-être, qu’il vécut sous le règne du « Serviteurs des serviteurs de Dieu », Grégoire Ier. Il était vraisemblablement ecclésiaste à Darioritum, puisque c’est de cet évêché, que provient l’unique manuscrit De Fabrica Mundi, probablement rédigé vers 595-598. La ville est située en Bretagne (Armorique) et s’appelle aujourd’hui Vannes. Période troublée de l’histoire, et particulièrement de l’histoire de l’église celtique, liée à l’installation des Saxons en Bretagne, vers le milieu du V è siècle (441-442). Les Saxons, les Angles et les Justes, qui venaient de Germanie (en grande partie du Schleswig et du Holstein), massacrèrent les évêques et les prêtres, pillèrent et renversèrent les Eglises.

Les Bretons insulaires qui avaient réussi à gagner l’Armorique, arrivèrent à reconstituer une Eglise spéciale. En effet, ils n’avaient quasiment aucune organisation, ni civile ni religieuse. Cependant, c’est eux qui organisèrent le culte d’une population déjà convertie. A vrai dire, des évêchés gallo-romain existaient déjà dans les principales cités de l’Armorique. Mais à l’époque de l’émigration bretonne, ils étaient, semble-t-il réduit à trois : Nantes, Vannes, Rennes, rattachés à la province de Tours.

Ces évêques bretons ne reconnurent jamais l’autorité du métropolitain de Tours et consacraient des évêques sans son assentiment. Apostolat bien étrange, qui consistait à établir des lieux de cultes plus ou moins itinérant (avec des autels portatifs) avant de les fixer dans des zones géographiques disséminées.

Ces conditions historiques rappelées, il est bien difficile d’identifier tout simplement le Yöda-sûtra l’hérésiarque. D’autant que le De Fabrica Mundi est le seule ouvrage qui nous soit parvenu. C’est lui-même qui signe « haeresiarches », ce qui laisse supposer quelque mouvement schismatique ou plutôt sectaire, bien que le mot date plutôt du XVI è siècle ; ce qui ne fait qu’accroître notre trouble. Certains ont été jusqu'à soutenir (cf. Jaeger, 1876) qu’il s’agit d’une compilation plus tardive d’un anonyme du XII è, en soulignant des références implicites au Guide des Egarés de Moïse Maïmonide (II, 16).

Le texte court De Fabrica Mundi se présente comme un commentaire de la Genèse dont nous ignorons le destinataire. Il évoque par le titre, le traité du même nom de Victorin de Poetovio (III è siècle). Cependant, il s’en éloigne radicalement de part sa thématique, puisqu’elle consiste à rapprocher les Saintes Ecritures des écrits païens des Anciens, notamment la Théogonie, d’Hésiode. Ce qui ne peut que surprendre notre sens historique et notre conception d’un homme d’Eglise. Là encore, certains (Willhem, 1925 ; Gottfried, 1927) pensent à une transmission de l’enseignement druidique et à une translatio studirum de la Méditerranée à l’Atlantique. D’autres vont plus loin, en affirmant un héritage des Atlantes (Flies, 1922). Nous ne trancherons pas ces questions délicates et laisserons au lecteur, le soin d’interpréter.

Jean Ramier

Traduction N